Balades Mémoire · Quartiers · Mérignac

Quand les habitants redécouvrent les chemins d'eau enfouis sous leur quartier

Une vingtaine de riverains ont parcouru en mars les traces des anciennes jalles de la plaine de Capeyron, guidés par les archives de l'association et les souvenirs des plus anciens — une rencontre entre mémoire collective et réalité du terrain.

Un groupe de promeneurs suit une balade mémoire dans les rues de Mérignac, guidé par un homme tenant une carte ancienne
Balade mémoire dans le quartier de Capeyron, mars 2024 : le guide Marc déroule une carte de l'état-major de 1875 pour montrer aux participants le réseau de jalles qui s'étendait sous leurs pieds avant l'urbanisation.

Il est dix heures du matin, et une vingtaine de personnes se retrouvent sur le parking de l'école primaire de Capeyron. Certains sont là parce qu'ils habitent le quartier depuis des décennies et savent, confusément, qu'il y avait autrefois de l'eau quelque part dans ce paysage désormais entièrement urbanisé. D'autres sont venus avec leurs enfants, curieux de comprendre pourquoi la rue du Fond-du-Ruisseau porte ce nom alors qu'on n'y voit aucun ruisseau. Quelques-uns sont simplement amateurs de patrimoine local. Tous sont réunis par la même invitation : une balade mémoire organisée par l'antenne de Mérignac de la Sauvegarde du Patrimoine Maritime Girondin.

Marc, bénévole de l'association depuis trois ans et ancien géographe, déroule une carte de l'état-major de 1875 sur le capot d'une voiture. Le contraste est saisissant : là où s'étend aujourd'hui un quartier pavillonnaire dense, la carte montre un réseau de petits cours d'eau entrelacés, des prairies inondables, des bois, et au centre, une zone marécageuse d'où partent plusieurs jalles en éventail. « Tout ça, c'est sous vos pieds, explique-t-il. Certains de ces cours d'eau ont été busés dans les années 1960 et 1970 lors de l'urbanisation. D'autres ont simplement été comblés. Mais le réseau hydrologique est encore là, invisible — et il ressort lors des épisodes de fortes pluies, c'est pourquoi certaines caves inondent encore régulièrement dans ce secteur. »

Le groupe se met en marche. Le parcours suit, autant que possible, le tracé des anciennes jalles reconstitué par l'association à partir des archives. On longe une clôture de jardin derrière laquelle on devine un léger creux dans le terrain, vestige du lit d'un ancien fossé. On s'arrête devant un lotissement des années 1970 dont la rue fait un coude inexplicable : « C'est pour contourner une source, explique Marc. Le promoteur a dû négocier avec l'écoulement naturel. » Une habitante, la soixantaine, intervient spontanément : elle se souvient que dans son enfance, il y avait encore un petit ru à cet endroit précis, et que les enfants du quartier y attrapaient des têtards au printemps.

Ces moments de mémoire partagée sont le cœur des balades. La carte et les archives fournissent un squelette, mais c'est la parole des habitants qui lui donne chair. Au fil du parcours, plusieurs personnes du groupe évoquent leurs propres souvenirs ou ceux de leurs parents : un abreuvoir pour les chevaux que l'on voyait encore dans les années 1950, une mare où venaient les canards sauvages, un chemin de terre qui longeait « la jalle » — toujours appelée ainsi dans certaines familles, même quand elle n'était plus visible depuis longtemps. Les bénévoles de l'association notent soigneusement ces témoignages, qui viendront enrichir le fonds d'archives orales constitué depuis deux ans.

La balade se termine par un goûter-échange dans la salle mise à disposition par l'association de résidents du quartier. L'ambiance est chaleureuse et animée. Des personnes qui ne se connaissaient pas comparent leurs souvenirs, échangent des photographies de famille, promettent de se mettre en contact. Quelques-uns demandent comment rejoindre l'association comme bénévoles. Une institutrice envisage d'intégrer la prochaine balade dans son programme de découverte du patrimoine local avec ses élèves de CM2, ce qui ouvre une perspective pédagogique que l'antenne est particulièrement heureuse d'explorer.

Les balades mémoire sont organisées deux à trois fois par an par l'antenne de Mérignac, dans différents quartiers de la commune et des communes voisines. Elles sont gratuites, ouvertes à tous les niveaux de connaissance, et ne nécessitent aucun équipement particulier au-delà de chaussures confortables. La prochaine aura lieu en novembre, dans le secteur de la jalle de Langevin vers Bordeaux-Lac. Pour vous inscrire ou obtenir des informations, contactez-nous à l'adresse de l'association. Chaque promenade est aussi l'occasion de recruter de nouveaux bénévoles pour les chantiers d'entretien et l'inventaire de terrain : si vous souhaitez contribuer plus activement à la préservation de ce patrimoine, n'hésitez pas à le signaler lors de votre inscription.

« La carte et les archives fournissent un squelette — mais c'est la parole des habitants qui lui donne chair. »
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